Régulateurs et secteur privé déconnectés sur l’éthique de l’IA

Régulateurs et secteur privé déconnectés sur l’éthique de l’IA

En matière de régulation de l’intelligence artificielle et des problématiques d’éthique, secteurs public et privé n’avancent pas dans la même direction d’après EY. Si leurs priorités et attentes sont différentes, ils doivent mieux collaborer néanmoins.

Pour EY, des lacunes de l’IA en matière de confiance doivent être comblées. Et cela passera nécessairement par une collaboration entre secteur privé et régulateurs. Or, aujourd’hui, les divergences ne manquent pas quant à la manière d’encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle.

C’est même parmi les acteurs privés que les avis divergent le plus. Les législateurs affichent en revanche un plus large consensus sur les principes éthiques les plus pertinents. En matière de reconnaissance faciale par exemple, les décideurs politiques insistent en priorité sur « l’équité et la prévention des biais » et « la vie privée et le droit aux données. »

Les entreprises souhaitent des principes universels pour tous

Les priorités du secteur privé sont largement plus hétérogènes selon les cas d’usage. Pour les entreprises, l’enjeu est ainsi aujourd’hui de s’aligner sur les grands principes des régulations existantes comme le RGPD. Cette conformité prend le pas sur « des questions émergentes telles que l’équité et la non-discrimination » note EY.

Ces divergences ne se cantonnent pas aux seuls piliers de l’éthique de l’intelligence artificielle. En ce qui concerne la gouvernance aussi, l’écart entre public et privé est net. Tous s’entendent sur la nécessité d’une approche multipartite. C’est peut-être l’unique point de convergence.

Mais pour 38% des organisations interrogées, le secteur privé devrait piloter le futur cadre d’éthique sur l’IA. Ils ne sont toutefois que 6% des décideurs politiques à partager cette analyse. Pour EY, c’est un mauvais point de départ.

Les législateurs attribuent au gouvernement la responsabilité du pilotage du cadre éthique pour l'IA
Les législateurs attribuent au gouvernement la responsabilité du pilotage du cadre éthique pour l’IA

« Cette déconnexion pose des défis potentiels aux deux groupes pour faire avancer la gouvernance, et elle présente également des risques de marché et réglementaires pour les entreprises qui développent des produits d’IA alors que les approches de gouvernance sont encore en cours de discussion » prévient le cabinet.

Le législateur a besoin de l’expertise technique et business du privé

Un rapprochement des positions de chacun s’impose. Et cela passe notamment par une plus grande collaboration entre pouvoirs publics et acteurs privés. Une telle collaboration est même plus que souhaitable pour ces derniers.

Les entreprises tendent en effet largement à surestimer la compréhension des régulateurs. 69% d’entre elles estiment que les régulateurs comprennent les complexités des technologies d’IA et les enjeux business associés. Au contraire, répondent 66% des législateurs.

69% des organisations privées estiment que le régulateur maîtrise les complexités de l'IA
69% des organisations privées estiment que le régulateur maîtrise les complexités de l’IA

Une montée en compétences des régulateurs s’impose donc. Cela suppose ainsi, suggère EY, l’adoption d’une approche « consultative et délibérée avec la contribution du secteur privé ». Ce dialogue porterait en particulier sur les complexités techniques et commerciales « pour lesquelles les décideurs politiques manquent d’expertise. »

« De même, le secteur privé doit s’efforcer de parvenir à un consensus autour des principes de gouvernance de l’IA, afin que les exigences réglementaires des deux parties soient prises en compte » souligne par ailleurs le cabinet.

Un « mauvais alignement diminue la confiance du public dans l’IA et ralentit l’adoption d’applications critiques » prévient Nigel Duffy, en charge de l’intelligence artificielle pour EY. Une coordination est ainsi une condition au développement « d’approches pragmatiques en matière de politique et de gouvernance, qui tiennent compte des contraintes et des réalités terrain. »

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A propos de Christophe Auffray 352 Articles
De formation initiale en marketing Web et en économie, je me suis spécialisé par la suite dans la presse B2B consacrée à l'économie numérique et dispose dans ce secteur de 15 ans d'expérience. Spécialiste de la transformation numérique, de l'innovation et des nouveaux business models des entreprises, j'ai développé des compétences dans les domaines du marketing éditorial, de la stratégie éditoriale, de la production de contenus premium et la gestion de sites d'information et d'équipe dans l'univers des médias en ligne et du marketing des solutions innovantes.