OVHcloud, l’alternative cloud aux données en Europe ?

OVH devient OVHcloud

A 20 ans, OVH devient OVHcloud et ambitionne d’offrir une alternative européenne dans le marché du cloud. Le fournisseur se veut aussi acteur de l’émergence d’un « écosystème de solutions de confiance en Europe. » L’effet Cloud Act ne suffira pas cependant.

Les appels du gouvernement français en faveur d’un nouveau cloud souverain ont-ils donné des idées à OVH ? Une semaine plus tôt, Bruno Le Maire annonçait avoir sollicité Outscale (filiale de Dassault Systemes) et OVH pour organiser la résistance face à la domination des géants américains du cloud.

Et si OVH participe à l’initiative, c’est parce qu’il peut désormais revendiquer une stature internationale suffisante pour s’y risquer. L’ambition est là également, et le contexte favorable, marqué par des tensions économiques avec les US et la dégradation de l’image des Gafa.

RGPD, Cloud Act, anti-Gafa… leviers du cloud européen

Ce soutien des autorités françaises, soucieuses de favoriser le développement d’un champion national et européen, profite indéniablement aux ambitions du groupe. Sa communication est en tout cas déjà alignée sur le discours politique.

A l’occasion de sa conférence annuelle, l’OVH Summit, l’entreprise fondée par Octave Klaba, a annoncé un changement d’identité. Elle devient ainsi, à 20 ans, OVHcloud. Ce nom doit mettre en lumière sa stature internationale et son accélération dans le cloud (70% de son chiffre d’affaires), aujourd’hui dominé par AWS, Microsoft Azure et Google Cloud.

Pour cet anniversaire symbolique, l’acteur français réaffirme – sans doute plus qu’il n’affirme – son ambition « d’offrir une alternative européenne dans le marché du cloud. » Mais OVHcloud se veut aussi un moteur de « l’émergence d’un écosystème de solutions de confiance en Europe. »

Débat international sur la fiscalité du numérique, polémique sur la collecte massive de données des Gafa, mais aussi RGPD et Cloud Act américain contribuent indubitablement à la réémergence d’une politique de soutien à des champions européens.  

La référence au Cloud Act (une loi dotant les autorités US d’un accès extraterritorial sur les données) figure en effet souvent dans les argumentaires commerciaux de multiples fournisseurs technologiques européens.

Prism n’a pas changé la donne sur le marché du cloud

Et OVHcloud n’y fait pas exception : « Face aux défis lancés par le Cloud Act, OVHcloud offre des solutions de confiance et respectueuses des valeurs européennes, permettant un cloud ouvert et réellement réversible, où chaque client est libre de choisir le mode de gouvernance de ses données qui correspond à ses enjeux business. »

Ce seul argument ne suffira sans doute pas cependant à faire basculer les entreprises d’AWS et Azure vers OVH. L’échec de la première aventure du cloud souverain, portée par Cloudwatt et Numergy, a démontré les limites de l’exercice.

L’argument invoqué pour en assurer la promotion était alors Prism, un vaste programme de surveillance des Etats-Unis. Le cloud souverain devait apporter une solution via une localisation sur le territoire national des données.

Cet épisode a, pour des raisons de confiance, contraint les acteurs américains du cloud à réagir et à s’adapter, sans provoquer une redistribution des cartes. La localisation des données est une préoccupation ? Alors, ils proposeront un stockage ailleurs qu’en Irlande. Comme AWS, Microsoft propose ainsi du cloud hébergé en France depuis 2017.

En réponse à l’épouvantail du Cloud Act, ces géants mettent notamment en avant leurs fonctionnalités de sécurité, et en particulier le chiffrement des données. Chiffrées, elles ne sont lisibles que par le client. Le fournisseur, pas plus que les autorités américaines, n’y a accès.

Innovation et fonctionnalités, seuls réels vecteur de conquête

La menace d’un Etat ne suffira vraisemblablement pas à faire basculer le marché, hormis certains secteurs sensibles. Les clients sont déjà nombreux à recourir aux services d’AWS, et même à exploiter toujours plus de ses offres, au-delà du seul IaaS.

@Statista

Si OVH, et d’autres fournisseurs européens, veut se poser en alternative solide pour les clients, il lui faudra proposer des fonctionnalités et innovations au moins équivalentes à celles des champions US. Or ces derniers investissent déjà chaque année des milliards de dollars en R&D, notamment dans les domaines de l’IA et du Machine Learning.

Pour s’aligner sur ces machines de guerre, OVHcloud devra encore accentuer son développement à l’international. D’une part car de nombreux clients ont besoin d’interconnecter à l’échelle mondiale leurs infrastructures cloud. Et d’autre part parce qu’une internationalisation réussie et rentable fournira au Français les ressources nécessaires pour financer ses efforts de R&D.

La course n’est pas terminée. Les Européens doivent cependant faire vite. Les entreprises accroissent leur consommation de services cloud des plateformes concurrentes, et donc aussi une forme de dépendance technologique. Si techniquement une réversibilité est possible, sa complexité tend néanmoins à s’accentuer.  

A propos de Christophe Auffray 353 Articles
De formation initiale en marketing Web et en économie, je me suis spécialisé par la suite dans la presse B2B consacrée à l'économie numérique et dispose dans ce secteur de 15 ans d'expérience. Spécialiste de la transformation numérique, de l'innovation et des nouveaux business models des entreprises, j'ai développé des compétences dans les domaines du marketing éditorial, de la stratégie éditoriale, de la production de contenus premium et la gestion de sites d'information et d'équipe dans l'univers des médias en ligne et du marketing des solutions innovantes.

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