La régulation, un coup de pouce à la stratégie data

Le RGPD, un atout pour la valorisation des données

Le RGPD, un frein à la valorisation des données ? La Cnil défend au contraire les atouts économiques de la régulation. Témoignage de Sophie Nerbonne, directrice en charge de la co-régulation économique pour la Cnil.

Le Règlement général sur la protection des données, un atout économique pour les entreprises face à la concurrence internationale dans le secteur du numérique ? L’hypothèse a ses détracteurs, qui estiment au contraire que le RGPD constitue un cadeau fait aux géants du Web que sont les GAFA(M) et les BATX.

La précédente présidente de la Cnil, Isabelle Falque-Pierrotin, a assuré à plusieurs reprises que ce cadre aiderait les entreprises européennes à « exploiter ce filon concurrentiel » qu’est la protection des données personnelles.

Le RGPD est un vecteur de confiance

Le respect de la vie privée des utilisateurs est encore aujourd’hui présenté par le régulateur comme un atout compétitif dont ces acteurs économiques pourront se prévaloir en Europe, mais aussi dans le monde. Tous acteurs des données donc, et notamment grâce au RGPD ?

Crédits :©Patrick Gaillardin

C’est la vision défendue par Sophie Nerbonne. Et pour souligner la dimension économique de la régulation, cette dernière occupe depuis janvier la fonction de directrice en charge de la co-régulation économique au sein de la Cnil.

Dans des secteurs comme l’agriculture et la santé, la question de la confiance (à préserver ou restaurer) est récurrente, y compris en matière de données. Le régulateur ne manque pas de le relever.

« Le RGPD est un vecteur de confiance. Il permet de la créer, de la bâtir et d’en témoigner » explique Sophie Nerbonne. Elle appelle à ce titre les entreprises à se saisir du principe de « privacy by design » dans la conception de nouveaux services et produits. « ADN du RGPD », il contribuerait ainsi à la confiance des utilisateurs et des partenaires.

En raison d’un tropisme entrepreneurial, les dirigeants d’entreprise pourraient être tentés de considérer, par principe, toute régulation comme un frein au développement – et dont ne s’embarrasseraient pas nos concurrents américains et chinois.

Ce réflexe n’est toutefois pas unanime. Et il n’est naturellement pas partagé par la Cnil. « Le RGPD est un atout pour la valorisation des données » soutient sa directrice de la co-régulation. Certes, l’aspect réglementaire est bien réel, mais son application contribue à la connaissance de son patrimoine data et à sa gouvernance.

Connaître ses données pour mieux les valoriser

« Appliquer le RGPD est un préalable permettant de comprendre de quelles données on dispose, si elles sont pertinentes et à jour, d’identifier leurs sources et leur localisation (…). » La régulation est donc, à cette fin, un atout, et même « une arme économique ».

« En Europe, on a pas l’habitude d’utiliser notre droit comme une arme économique » reconnaît Sophie Nerbonne. Et cette arme serait désormais d’autant plus nécessaire que l’Europe a longtemps ouvert largement ses frontières, permettant à des acteurs de « parfois piller » certaines données. « Nous ne sommes pas dans un rapport de réciprocité à cet égard. »

Le monde agricole peut en témoigner, lui qui compte ses propres GAFA, dont le fabricant américain John Deere. Or ces géants ont tendance à s’accaparer les données, et à ne pas les partager avec les agriculteurs, utilisateurs de ces machines (tracteurs, systèmes de traite, etc.) désormais connectées.

Solution au « pillage » de données ?

« Les données remontent directement aux concepteurs de ces machines-outils, qu’ils soient américains ou néerlandais. Et les agriculteurs n’ont pas ces données, ce qui pour eux constitue un problème » juge la porte-parole de la Cnil.

Une situation à laquelle le RGPD pourrait remédier ? Sophie Nerbonne note que les entreprises du secteur ont anticipé l’entrée en vigueur de la réglementation européenne en adoptant un « code de conduite. »

Objectif : faire la transparence sur le circuit de la donnée – sans toutefois agir sur sa redistribution et prévenir la constitution de quasi-monopole des données agricoles. La transparence, préalable à une prise de conscience de certaines de ces situations, pourrait y contribuer.

Mais la régulation vise aussi à « responsabiliser » les acteurs, insiste la directrice de la Cnil. Ce qui constitue une rupture avec les règles antérieures, imposant de simples déclarations auprès de l’autorité de protection.

Avec cette notion de responsabilisation, « Ils doivent pouvoir démontrer leur conformité », au moyen de différents outils, au premier rang desquels le registre des activités de traitement. « C’est la première étape pour comprendre de quoi on dispose (Ndlr : comme données) et susceptible ensuite de faire l’objet d’une valorisation. »

Valorisation des données donc, mais dans un cadre conforme à la réglementation.

A propos de Christophe Auffray 217 Articles
De formation initiale en marketing Web et en économie, je me suis spécialisé par la suite dans la presse B2B consacrée à l'économie numérique et dispose dans ce secteur de 15 ans d'expérience. Spécialiste de la transformation numérique, de l'innovation et des nouveaux business models des entreprises, j'ai développé des compétences dans les domaines du marketing éditorial, de la stratégie éditoriale, de la production de contenus premium et la gestion de sites d'information et d'équipe dans l'univers des médias en ligne et du marketing des solutions innovantes.