Emmanuel Macron pour une intelligence artificielle qui ne crée pas de gilets jaunes

Discours d'Emmanuel Macron au Forum IA

Comme pour la protection des données avec le RGPD, le Président de la République choisit la voie de l’Europe quand il est question d’intelligence artificielle face à la Chine et aux Etats-Unis.

Alors, intelligence artificielle et gilets jaunes, même combat ? Le Président de la République a en tout cas débuté son discours au Global Forum on AI for Humanity en rappelant les origines du mouvement des gilets jaunes en France.

Devant un parterre de chercheurs venus du monde entier et travaillant dans le domaine de l’intelligence artificielle, Emmanuel Macron a ainsi résumé le mouvement des gilets jaunes comme « un message de peur et de rejet », peur à l’égard de « changements majeurs et un rejet du progrès. »

Peur face aux « changements majeurs et un rejet du progrès »

Cette lecture permet au Président de faire un parallèle avec les peurs qui s’exprimeraient, en particulier de la part des classes moyennes, à l’égard de l’intelligence artificielle. « Je pense qu’il est important de penser à l’avenir de l’intelligence artificielle, à ce que nous devons en faire. Mais il faut prendre en compte ce qui se produit au cœur de nos sociétés » prévient-il.

Les innovations technologiques et les changements induits sont une source de pression pour les classes moyennes, poursuit Emmanuel Macron. C’est un problème pour les démocraties, note-t-il. Il importe de démontrer les bénéfices que les individus vont retirer de ces technologies. Pour Emmanuel Macron, il en va de la confiance en la démocratie et aussi en la science, dont les innovations seraient sinon freinées.

« L’innovation et la démocratie sont intrinsèquement liées » insiste le Président. Sa solution pour une intelligence artificielle de confiance ? Une approche européenne, présentée comme très différente de celle promue par la Chine, très efficace, mais incompatible avec l’Europe sur le plan de l’éthique. Emmanuel Macron écarte également le modèle américain, piloté par le marché, et caractérisé par des dérives monopolistiques.

« L’innovation et la démocratie sont intrinsèquement liées »

« L’Europe a fait un choix différent, avec une approche équilibrée entre l’innovation et la régulation », ayant notamment conduit à l’adoption du RGPD, estime-t-il. C’est ce modèle que souhaite suivre le gouvernement français en matière d’intelligence artificielle.

Le Président annonce qu’il travaillera de concert avec la Commission européenne. Sa Présidente, Ursula Von Der Leyen, a d’ailleurs fait de l’intelligence artificielle une de ses priorités. L’échelon européen est le seul permettant d’atteindre une masse critique en termes d’investissements et de recherche pour l’intelligence artificielle, juge-t-il.

Le locataire de l’Elysée rappelle néanmoins que la France avance aussi au niveau national. Sa stratégie sur l’intelligence artificielle, officialisée il y a 18 mois se met en œuvre. Emmanuel Macron rappelle que quatre hubs de recherche disciplinaires ont été créés.

Et selon lui, la France, et plus largement l’Europe, ont des cartes à jouer dans certains domaines d’application de l’intelligence artificielle. Il s’agit en particulier de la santé, « où le Health Data Hub dispose de la plus importante base de données dans le monde », et de la cybersécurité.

Une réforme de la recherche en France dans les prochains mois

Emmanuel Macron précise que de grands fournisseurs français tels qu’Atos, Thales, Capgemini ou Orange ont décidé de s’associer afin de partager des données. Il annonce que dans les prochains mois, des initiatives similaires verront le jour dans les secteurs de l’environnement, des transports, de la logistique et de l’agriculture.

Dans les mois à venir toujours, le chef de l’Etat ajoute que sera annoncée une réforme complète de la recherche en France en termes d’organisation, de parcours de carrière et d’investissements « afin de continuer à rivaliser avec la concurrence internationale. » Et l’intelligence artificielle « sera naturellement dans le périmètre de cette réforme. »

Le Président insiste cependant de nouveau : « la France ne peut pas réussir seule. C’est indéniablement un défi pour l’Europe. » Chaque Etat membre a présenté ces derniers mois sa propre stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle.

« Nous avons besoin de plus de coordination » commente-t-il. Une coordination donc en matière d’agenda, mais également de recherche et d’investissements. Emmanuel Macron annonce ainsi des discussions avec la Commission, mais aussi avec l’Allemagne pour définir une stratégie compétitive sur le plan international. « Nous devons faire plus et nous devons agir rapidement » conclut Emmanuel Macron.

A propos de Christophe Auffray 433 Articles
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